“La France offre l’un des meilleurs écosystèmes d’opportunités au monde”, écrit Fabrice Cavaretta, professeur de leadership et d’entrepreneuriat à l’ESSEC – et ancien entrepreneur.

“Les entrepreneurs disposent d’une large sélection de domaine au choix. Les industries à forte potentielle pour atteindre l’excellence sont l’alimentation, la mode, les hautes technologies, l’énergie, etc.

Ils bénéficient également de facteurs de réussite exceptionnels tels qu’un riche héritage, un capital humain exceptionnel et une marque reconnue dans le monde entier.

Ses inconvénients, par exemple une administration bureaucratique, le droit du travail et les coûts ou le système fiscal, sont comparativement moins pénalisants que prévu et ne constituent définitivement pas un obstacle pour les entrepreneurs ambitieux”.

Un soutien fort des autorités publiques

Est-ce que démarrer et développer une entreprise en France est une tâche facile ? Certainement pas, mais au moins, cela implique que le pays n’est pas l’enfer anti-business que certains ont l’habitude de dépeindre.

En vérité, bien qu’elle ait toujours été une économie de marché, la France ne semble avoir véritablement pris le train de l’innovation que depuis une dizaine d’années.

Les mécanismes de régulations

En effet, les “pôles de compétitivité” ont été créés en 2004.  En 2014, plus de 70 pôles de compétitivité ont été officiellement reconnus.

Quant au crédit d’impôt recherche, il a été voté pour la première fois en 1983, mais n’est devenu un élément permanent du droit fiscal français qu’en 2004.

Couvrant désormais 30 % de l’ensemble des dépenses de R&D jusqu’à 100 millions d’euros, il a bénéficié à plus de 16 000 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs en 2013.

En 2013, un crédit d’impôt spécifique à l’innovation est venu compléter le crédit d’impôt à la R&D préexistant.

Destiné exclusivement aux PME – moins de 250 personnes et jusqu’à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires -, il couvre les investissements pour le prototypage et les installations pilotes de nouveaux produits. Par ailleurs, un règlementation spécial a été créé pour les start-ups, qui peuvent bénéficier d’un rabais des contributions de sécurité sociale et d’une exonération fiscale partielle (toujours intéressant d’avoir un avocat).

Les autres acteurs de soutien

En plus de tous ces mécanismes de régulation, une série d’acteurs sont également là pour aider à stimuler l’innovation.

Tout d’abord, BPI France, une banque d’investissement publique créée en 2012 avec 3 objectifs bien définis : soutenir les entreprises et les aider à se développer, préparer la compétitivité de demain et développer un écosystème favorisant l’esprit d’entreprise.

Avec 42 agences régionales réparties sur l’ensemble du territoire, BPI France a financé 74 000 entreprises en 2016 et offert 930 millions d’euros de subventions à l’innovation.

Avec la Caisse des Dépôts – vénérable institution créée en 1816 pour servir de “bras d’investissement” de l’Etat – et Business France, BPI France est également l’un des partenaires majeurs de La French Tech, une initiative publique qui veut soutenir les start-ups par le financement et le soutien d’une marque reconnue internationalement. Lors du salon de l’électronique grand public 2016, à Las Vegas, La French Tech a parrainé plus de 190 start-ups françaises.

Les autorités régionales et locales considèrent également l’innovation comme un moteur essentiel du développement et de la croissance économique locale. En conséquence, nombre d’entre elles ont mis en place des initiatives spécifiques pour soutenir les start-ups innovantes, de l’investissement d’amorçage à la garantie.

L’ambition de devenir un leader mondial

En ce qui concerne l’innovation, le pays joint le geste à la parole. Dans les nombreuses interviews qu’il a accordées à de nombreux médias depuis qu’il est devenu président en mai 2017, le Président Emmanuel Macron a réaffirmé sa détermination à faire de la France un leader international de l’innovation.

En juin 2017, il a déclaré vouloir que la France devienne le “leader de l’hyper-innovation”.

Le président français est persuadé qu’un mouvement d’innovation a lieu en France. “Il y a un élan. Partout, il y a des hommes et des femmes qui veulent agir et gagner à l’échelle mondiale”.

Pas plus tard que le 31 mars 2018, dans une interview accordée à Wired, il a exprimé son ambition de dépenser 1,5 milliard d’euros au cours des 5 prochaines années pour soutenir la recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle, avec un accent particulier sur les soins de santé et la mobilité.

C’est avant tout une question d’état d’esprit

Un élan qui vient de tout en haut

En regardant la France aujourd’hui, il semble que « l’élan » dont parle M. Macron n’est pas une création de l’esprit.

Les incubateurs et les fab-labs se multiplient, et Paris accueille désormais le plus grand campus de start-up au monde. En 2017 seulement, 197 000 nouvelles entreprises ont été créées en France, ce qui représente une croissance de 4,8 % par rapport à 2016.

“La création d’entreprise est peut-être devenue un mot à la mode”, explique Florence Vasilescu, fondatrice et directrice générale de Firm Funding, une start-up spécialisée dans l’aide aux PME pour qu’elles rencontrent des investisseurs désireux de financer leur développement.

Vasilescu ajoute : “Je crois que c’est une tendance positive. Il y a beaucoup de jeunes diplômés qui veulent maintenant travailler dans des start-ups. Les start-ups aident les gens à libérer leur énergie et leur potentiel de créativité, plus que ne le font les grandes entreprises”.

L’esprit d’entreprise fait également partie intégrante d’un nombre croissant de diplômes de deuxième ou troisième cycle. Pour Fabrice Cavaretta, il s’agit tout autant de démystifier quelques mythes que d’enseigner réellement comment créer et développer une entreprise.

La France est-elle hostile aux entrepreneurs?

Il affirme que les propos selon lesquels la France serait hostile aux entreprises est infondé, tout comme les discours sur la fuite des cerveaux. La France est l’un des pays les plus compétitifs dans le monde concernant l’esprit d’entreprise et l’innovation selon les classements internationaux.

Il affirme qu’il ne croît pas à la chaîne dite logique qui consiste à avoir une idée brillante, à concevoir un plan d’affaires, à lever beaucoup d’argent, à produire son produit ou service et à le commercialiser. Je pense en fait que cela peut être toxique”, dit-il.

L’une de ses objectifs d’enseignement est l’effectuation, un enseignement théorique pour l’esprit d’entreprise.

Les fondements de l’effectuation sont de commencer petit, de se concentrer sur un projet qu’on peut réellement réaliser, de faire des prototypes et ne pas penser à la collecte de fonds. S’il s’avère que vous avez le bon produit ou service, l‘argent viendra à vous.

Un état d’esprit à part entière

“Est-il essentiel que les gens sachent vraiment qui ils sont et ce qu’ils ont le pouvoir de faire”, déclare Sandy Melamed, qui travaille pour Switch Collectif, une start-up spécialisée dans l’aide aux personnes à trouver le parcours professionnel qui correspond le mieux à leurs capacités et à leurs désirs. C’est comme ça qu’ils obtiendront une mentalité de croissance et qu’ils se risqueront sans plus avoir peur de l’échec.

“Je ne suis pas sûr de croire aux cours et aux formations en entrepreneuriat”, déclare Mathieu Maloux, fondateur de Pukka, une solution qui engage le personnel dans la création de contenu.

Dans certains pays, les réalisations commerciales et la gestion des projets est enseigner aux enfants dès le collège. C’est le cas de Danemark par exemple.

Pour lui, ce serait une bonne idée pour développer le goût de l’entrepreneuriat en France. “Ce que je constate dans ma génération”, poursuit Maloux, “c’est que les gens ont tendance à vouloir avoir un impact.

Ils veulent faire quelque chose de significatif, apporter une valeur au-delà de ce qui est requis pour le travail pour lequel ils ont été engagés”.

La nécessité d’un changement culturel

De l’expérience avant tout

Les complications apparaissent ici. “Il y a quelques années, après ma première expérience de start-up, j’ai eu une série d’entretiens d’embauche”, explique Maloux.

Selon lui, son profil, ainsi que son parcours ont paru inquiété les éventuels recruteurs.

‘’Ils ont surement pensé que j’allais rapidement m’ennuyer. Que j’allais essayer de repousser les limites et de sortir des sentiers battus. Qu’en fin de compte, je ne resterais pas longtemps. En effet, le risque existe, mais n’est-ce pas aux grandes entreprises de s’adapter” ?

Vers un ADN business 100% français?

L’entreprenariat n’est pas une chose avec laquelle les entreprises sont complètement à l’aise”, déclare Vladimir Nguekam, fondateur de MisterDoe, une start-up qui utilise de grosses données pour aider les compagnies d’assurance à se conformer à leurs obligations légales et financières. “De tels profils conviennent rarement à des entreprises.

Ils savent comment les traiter, où ils s’intègrent et combien d’argent leur allouer. L’entreprenariat ne fait pas encore partie de la culture d’entreprise française.

De plus, s’il n’y a pas d’évolution culturel importante, je pense que beaucoup de jeunes gens brillants quitteront les grandes entreprises et créeront leur propre entreprise”.

“Je crois en fait que les grandes entreprises sont désireuses de devenir plus flexibles, d’encourager leurs propres employés à prendre des risques et à innover, de devenir entrepreneurs”, déclare Thibaud Martin, fondateur de Jubiwee, une start-up qui utilise des données pour améliorer l’expérience des employés.

“L’ennui c’est qu’ils ne savent pas s’y prendre. Ils ne savent pas comment repenser et changer leurs processus”.

Miser sur l’intelligence collective 

Interne ou externe?

Qu’elle soit interne ou externalisée, l’innovation est une nécessité absolue. Aujourd’hui plus qu’hier, mais moins que demain, elle doit donc se faire rapidement. “Il faut garder à l’esprit que les cycles d’innovation se raccourcissent“, déclare Léopold Albert, consultant indépendant travaillant avec des start-ups.

L’aptitude à pouvoir bouleverser soi-même ses services et ses produits est la raison d’être même de l’innovation.

Vous devez réfléchir à la façon d’innover constamment avant que quelqu’un ne le fasse et ne vous mette dans une situation dangereuse.

Compte tenu de tout cela, il est en quelque sorte plus sûr pour les entreprises de sortir de leur zone de confort et d’être “leur propre barbare”, car si elles ne le font pas, d’autres le feront.

Des cycles courts qui changent tout

Ces derniers n’étaient peut-être même pas là il y a 2 ans, mais cela peut maintenant devenir une menace mortelle. Des cycles plus courts, des tendances perturbatrices plus fortes, de faibles barrières à l’entrée : tout cela s’ajoute à des incertitudes croissantes et fait que l’innovation se présente sous des formes inattendues.

Alors comment éviter d’être la prochaine victime ? Il semble que l’intelligence collective serait une réponse appropriée. Alix Marie travaille pour Never Eat Alone, une application qui permet aux employés de se rencontrer, notamment pendant le déjeuner.

Il y a environ 1 an, elle a participé au premier Mazars Shake, un hackathon organisé par Mazars et destiné à favoriser les idées pour le développement du futur. Selon elle, les événements comme le Mazars Shake sont d’excellentes idées.

Ces évènements consistent à réunir des inconnus et créer des groupes et peuvent se révéler très prolifique.

Cela peut à la fois favoriser l’émergence de nouvelles idées et inciter les gens à sortir de leur travail quotidien. Je pense que c’est un moyen très efficace de stimuler l’innovation.

Mathieu Maloux ajoute que quand les gens peuvent exposer leurs idées, et quand ils savent que leurs idées peuvent être réaliser en projets concrets, c’est un rapprochement vers la création d’une culture de l’innovation.

Sortir de sa zone de confort

Les initiatives prises par les grandes entreprises contribueront-elles efficacement à faire de la France le leader de l’innovation que M. Macron souhaite que le pays soit ?

“Stimuler l’innovation, c’est d’abord offrir aux gens l’opportunité de sortir de leur routine habituelle”, explique Nicolas Enderlé, fondateur de La Suite, une start-up qui conçoit et anime des ateliers destinés à aider les personnes et les équipes à travailler ensemble pour favoriser la production d’idées et de solutions innovantes.

Les équipes de La Suite affirment être en contact et collaborent avec ces personnes quotidiennement, pour développer des projets communs, dans un environnement qui favorise la réflexion collective.

Ils réalisent rapidement que ce qui compte, ce n’est pas ce que vous portez – pas de costume ni de cravate ici – mais ce que nous sommes tous capables de produire ensemble.

“Pour innover, il faut sortir de notre zone de confort”, conclut Florence Vasilescu.

D’après lui, c’est en même temps très difficile et très gratifiant. L’innovation c’est de ne pas poser de limite, de croire que rien n’est impossible et de le réaliser, même si les gens disent que ce n’est pas possible.